LA NUIT DES SENTINELLES, de Patricio Abusleme

Un article approfondi sur cette étude de fond consacrée au cas du "caporal Valdés"

par Jean Librero

30 mars 2026 –

Jean Librero, éditeur de « La Nuit des Sentinelles » de Patricio Abusleme Hoffman. Traduit de l’espagnol (chilien).

« Nous étions à côté d’un mur de pierres sèches, autour d’un feu de camp. La patrouille était composée des appelés Humberto Rojas, Iván Robles, Germán Riquelme, Raúl Salinas, Pedro Rosales, Juan Reyes et Julio Rojas. (…) Pour ne pas nous endormir, nous avons parlé et chanté pendant un long moment… Quelques mètres plus loin, il y avait deux sentinelles… Vers quatre heures du matin, l’appelé Rosales est venu en courant pour me dire que deux grandes lumières violettes étaient descendues, dont une illuminait tout le secteur ».

Le caporal Armando Valdés s’exprimait aux premières heures du 25 avril 1977, devant Pedro Araneda, professeur à Putre et correspondant de La Estrella de Arica, pour faire le récit de l’expérience inhabituelle vécue la nuit précédente par le sous-officier et sa patrouille formée de sept appelés. Cela se passait dans l’extrême nord du Chili, dans l’altiplano, pas loin de la frontière avec la Bolivie.

Ce témoignage recueilli « à chaud » fut publié plus de vingt jours plus tard, dans le deuxième numéro que le journal consacra aux « Lumières de Pampa Lluscuma ».

Le livre La Noche de los Centinelas, de Patricio Abusleme, paru au Chili et traduit en français en décembre 2023, rapporte une enquête de terrain de plusieurs années, et le témoin principal, l’ex-caporal Armando Valdés, est au cœur de ce travail. Un épisode-phare est probablement le voyage en voiture effectué par l’auteur et l’ex-militaire depuis Santiago jusqu’à Putre, où Valdés n’était jamais revenu depuis 1977.

Ce récit exceptionnel atteste de la qualité d’un travail qui a bénéficié d’une relation de respect et confiance entre les deux hommes…Le premier échange téléphonique date du 7 aout 2002, et la première rencontre physique est décrite précisément : Valdés était accompagné d’un coreligionnaire, et les trois hommes se sont retrouvés entre le palais présidentiel de La Moneda et le siège des forces armées, devant « La Flamme de la Liberté » ( !!)

Quelques semaines plus tard, les deux hommes ont fait ensemble un voyage de trois jours pour Arica et Putre, entre le vendredi 15 et le lundi 18 novembre 2002.

L’ex-caporal Valdés était réapparu pour la première fois sur la scène publique en mai 1999 avec la diffusion d’une émission de la série OVNI sur la télévision nationale du Chili (Televisión Nacional de Chile). Il s’agissait d’un épisode de près d’une heure consacrée principalement à l’affaire Putre, préparé pendant des mois par l’équipe de journalistes de la société de production Nueva Imagen, créatrice de la série diffusée initialement au Chili entre 1999 et 2000. L’interview était conduite par le présentateur Patricio Bañados. On y apprenait par exemple un détail qui en 1977 était un « secret militaire » bien gardé dans un contexte de tensions avec le Pérou et la Bolivie : L’unité de sept hommes n’était pas une patrouille mais une « garde de nuit » sur le site d’écuries à vocation militaire.

L’un des traits spécifiques à ce dossier est la personnalité de Valdés lui-même, ses déclarations fluctuantes, dénégations, retournements, et son obstination à réfuter les témoignages constants et concordants des autres témoins principaux.

Cette « fragilité » de l’ex-caporal est résumée dans une observation faite à l’auteur en 2002 par Carlos Contreras Fuentes, un proche collaborateur de Valdés : « Armando est une personne qu’il faut traiter avec douceur et qui change d’avis au fur et à mesure qu’il parle à une personne ou à une autre ».

Les dénégations de Valdés sur des indices centraux apparaissent dans sa rencontre avec l’ex-caporal Roca, organisée par l’auteur au domicile de Ramon Roca, lors du séjour à Putre, en novembre 2002. Valdés et Roca avaient été formés ensemble à l’école de sous-officiers, et tous deux étaient en poste à Putre en 1977.

La contradiction dans l’échange qui a eu lieu porte sur l’élément qui a fait la légende du cas, « la barbe de cinq jours ».

Le 10 octobre 2002 l’auteur était parvenu à obtenir les coordonnées de l’ex-caporal, et ils eurent une conversation téléphonique. L’extrait suivant est éloquent :

« La Estrella de Arica de 1977 affirme que vous étiez l’un des témoins de la barbe de Valdés. Mais était-il vraiment rasé de près avant de commencer cette garde ? »

Oui, oui, nous nous sommes rasés ensemble ce matin-là. Nous avions été camarades de classe et vivions ensemble avec les autres caporaux, alors je lui ai passé moi-même ma lame de rasoir, parce qu’il n’en avait pas », (…) Ce qui est étrange, c’est que le lendemain, après ce qui leur est arrivé cette nuit-là, le « garçon » Valdés avait une barbe de cinq jours ».

Lors de leur entrevue à Arica, au domicile de Ramon Roca, ce dernier a réitéré ses explications données au téléphone un mois plus tôt, et Valdés a répliqué comme suit. L’échange se passe de commentaire :

« Écoute, Roquita… (ndt: Petit “Roca”) la vérité, c’est que tu dois être perturbé, parce que ce jour-là, j’ai été de garde sans me raser », a commencé le plus célèbre « enlevé » chilien (…) tandis que Ramón Roca et sa femme le regardaient, abasourdis.

« Chico, avec cette nouvelle version, tu te mets la corde au cou », a déclaré Roca lorsque son ancien compagnon d’armes eut terminé son discours.

Toutefois, même si les positions de Valdés semblent intenables face à la multiplication des témoignages contraires, certaines de ses réflexions apportent des éclairages qui méritent d’être médités.

L’extrait suivant se rapporte à la jarre de « cocoroco », un alcool fort que les militaires emportaient parfois pour leurs gardes de nuit dans ces régions montagneuses. Valdés fait ici une observation qui n’a pas été reprise, même par l’auteur, et qui est lourde de significations implicites :

« Quand Rosales m’a crié d’aller voir les lumières qui descendaient et que tout a commencé, je leur ai demandé de me remettre la jarre de cocoroco (…) Eh bien, quand j’ai pris la jarre, elle était encore lourde, presque pleine. Nous n’avions même pas bu un quart. Je pense donc que le phénomène a commencé bien plus tôt qu’on ne l’a toujours cru. Si cela s’était vraiment passé vers quatre heures du matin, la jarre de cocoroco aurait été presque vide, et ce n’était pas le cas. C’est pourquoi Rosales m’a probablement appelé peu après minuit ».

Cette remarque n’a pas été commentée dans le livre. Une signification induite peut être un « temps manquant » de quatre heures, puisque selon tous les témoignages, Valdés réapparaît un peu après quatre heures du matin. Y aurait-il eu un « effacement de mémoire », un « missing time », et se peut-il que d’autres évènements qui n’ont pas été mis à jour auraient frappé les sept soldats sous les ordres du caporal ?

L’auteur s’est probablement posé ces questions. Je présume que c’est « par élégance » qu’il s’est abstenu de commenter, et a préféré laisser les observateurs tirer les conséquences…et « ouvrir un nouveau débat…

Je rappelle un élément « sombre » de l’expérience : Non seulement les hommes étaient terrifiés, mais également les deux-cents chevaux qui étaient sous leur garde sont restés pétrifiés dans un silence et une immobilité « atypiques », et le chien de garde est resté « tapi » de façon particulièrement inhabituelle.

Rappelons que l’ex-caporal Valdés s’exprimait lui-même quant à la « nature » positive ou négative de la rencontre dans une des interviews. Pour le missionnaire évangélique qu’il était à présent, la terreur sans fond qui avait saisi tous les soldats sans exception, était « en soi » l’indice que cette rencontre n’était pas « bénéfique ».

Le mercredi 16 juin 1999, Antonio Valdés s’exprimait pour la première fois depuis 1980. C’était dans un talk-show nocturne intitulé De Pé a Pá, diffusé chaque semaine sur Televisión Nacional de Chile et animé par le journaliste sportif Pedro Carcuro. Extrait:

[ PEDRO CARCURO : Vous venez de me dire que… vous pensez que ce sont des êtres maléfiques. Pourquoi pensez-vous cela ?

ARMANDO VALDÉS : (Silence) Je ne sais pas si la perception, Pedro, parce que… le phénomène que j’ai vécu… j’ai parlé à … je peux me payer le luxe, sans être… un égocentrique… de dire qu’il y a des milliers de personnes qui sont venues me parler. La grande majorité d’entre eux ont, auraient fait des rencontres, selon eux, et certaines sensations semblent être… bonnes. La grande majorité n’est pas bonne. Et celui que j’ai eu n’est pas bon. Et si c’était, ils… si ces êtres étaient bons, je n’aurais pas dû ressentir de la panique, de l’angoisse, de la crainte et avoir tout ce qui est venu après, c’est-à-dire cette question… qui m’a toujours préoccupé.

PEDRO CARCURO : Vous… vous craignez pour le futur de l’humanité, alors.

ARMANDO VALDÉS : Exact. En d’autres termes, je suis très clair sur ce qui va se passer dans le futur.

PEDRO CARCURO : Avez-vous peur d’une invasion extraterrestre… sous-officier Valdés ?

ARMANDO VALDÉS : J’y travaille pour pouvoir délivrer ce message, Pedro… ça se pourrait.

PEDRO CARCURO : C’est une partie du message…

ARMANDO VALDÉS : Cela fait partie du message.

PEDRO CARCURO : Vous avez peur ?

ARMANDO VALDÉS : Non, Pedro. Étrangement non, car au cours de ces vingt-deux années, j’ai appris, et je travaille donc sur mes écrits, à me défendre contre ceux qui… ceux qui ne sont pas bons.  [Fin de l’extrait]

« Ceux qui ne sont pas bons ».. « me défendre », « peur d’une invasion extraterrestre.. », « celui que j’ai eu n’est pas bon ».. « si ces êtres étaient bons, je n’aurais pas dû ressentir de la panique »..

Patricio Abusleme sera invité pour un talk-show sur une chaîne française. Il apportera certainement des éclairages inédits sur ce dossier inextricable…

La Nuit des Sentinelles: quelques articles sur le site Flying Disk France

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Deux notes de lecture critique :

« L’enquête la plus sérieuse et la plus documentée de toutes celles qui sont disponibles. Écrite avec une honnêteté sauvage qui met en lumière le dur, le mûr et le pourri d’un sujet qui continue à faire partie des obscurités les plus insondables de l’imaginaire contemporain. Une lecture divertissante « 

JORGE BARADIT, écrivain et romancier chilien, auteur de Historia Secreta de Chile (Histoire secrète du Chili).

« La noche de los centinelas est l’enquête journalistique la plus complète jamais écrite sur le cas du caporal Armando Valdés, le cas OVNI chilien le plus connu au niveau international. Patricio Abusleme a réalisé avec ce livre ce que personne n’avait jamais fait auparavant : non seulement il a interviewé pratiquement tous les témoins pertinents, mais il s’est également rendu sur les lieux des événements avec le protagoniste principal et a reconstitué, presque comme un détective, ce qui s’est passé au petit matin de 1977. La noche de los centinelas est, sans aucun doute, l’un des meilleurs livres ufologiques et journalistiques publiés au Chili. »

Diego Zúñiga, Journaliste et ufologue